BLEU Définition de BLEU

SYNT. (variétés de bleu). Bleu anglais, d’aniline ou de rosaniline ( Méd. Biol. t. 1 1970), azoïque, d’azuline, de cobalt (Ch. Coffignier, Couleurs et peint., 1924, p. 378; J. Ovio, La Vision des couleurs, 1932, p. 140); bleu de composition ou bleu en liqueur (,,dissolution d’indigo dans l’acide sulfurique fumant, employée en teinture“ [ Privat-Foc. 1870]); bleu de crésyl ( R. Husson, F. Graf, Manuel de biol. gén., 1965, p. 58), de cuve, d’émail, de houille, d’indigo, bleu de méthylène (,,matière colorante soluble dans l’eau, d’un bleu intense (…). Employé en teinture, sur coton mordancé au tanin, en pharmacie, et comme colorant en biologie“ [ Uv.-Chapman 1956]), de nerprun, de prusse ( Y. Quéret, Manuel de l’industr. du gaz, 1923, p. 158), de tournesol, de toluïdine ( M.

Privat de Garilhe, Les Acides nucléiques, 1963, p. 52), de quinoléïne ( Littré, Rob.); bleu de Paris, de France, de Berlin, minéral (Ch.-E. Guignet, Les Couleurs, 1889, p. 177); bleu de montagne, de Péligot ( Id., Ibid., p. 179).

Prononc. ET ORTH. : [blø]. Fér. 1768 signale : ,,Le masc. est monosyllabe“; il transcrit le fém. en 2 syll. : bleû-e ( cf. aussi Fér. Crit. t. 1 1787, Gattel 1841 et Littré). Les Fér. ainsi que Gattel 1841 notent [ø:] long pour le fém. bleue. Au masc. les dict. notent cette syll. brève sauf Land. 1834 qui la transcrit longue. Pour Fér. Crit. t. 1 1787 elle est douteuse. Enq. : /blø/. Fér. 1768 signale que le plur. est ,, bleus et non pas bleux, bleues et non pas bleuses“; ( cf. aussi Fér. Crit. t. 1 1787, Land. 1834 et Gattel 1841). À rapprocher de Littré qui signale en wallon les formes bleûf, bleus, au fém. bleuse, bleusse. Pour le fém. la forme bleuve en bourg., la forme bleusse en pic. Au sujet du plur., cf. encore Clédat 1930, p. 48 et Grev. 1964, § 357. Grev. 1964, § 381 note : ,,si pour désigner la couleur, on emploie un adjectif qualifié par un autre adjectif ou complété par un nom, l’ensemble reste invariable, parce que le premier adjectif est pris substantivement, et suppose l’ellipse de « d’un » : Des yeux bleu clair (= d’un bleu clair). Des gants jaune paille. Des robes bleu de ciel. Des tissus vert pomme. Des tenues bleu horizon. On a coupé ses cheveux châtain clair“; (à ce sujet, cf. aussi Lar. 19 e). ,,Les composés de bleu (ou d’une autre couleur) et d’un nom de chose s’écrivent sans trait d’union… Ils en prennent un si le composé est formé de deux noms de couleur : un beau bleu-vert. (On écrit au pluriel : des bleus d’azur, des bleus ciel, des bleus Nattier, etc. et invariable : des bleu-vert)“ ( Thomas 1956).

Étymol. ET HIST. − A.− Adj. 1. a) ca 1121 « de couleur pâle, blanchâtre, livide » rocheit blef « liais » ( S. Brandan, éd. E. G. R. Waters, 264); 1226 face bleve ( G. Le Clerc, Trois Mots, 196 dans T.-L.); b) 1718 ( Ac. : Bleu. En parlant De certains espanchements de sang qui surviennent à la peau, se prend quelquefois pour livide, plombé), d’où subst. infra; 2. ca 1150 blef « qui est de la couleur du ciel quand il est pur » ( Thèbes, 4061 dans Gdf. Compl. : Li paisson qui tienent le tref Sont de color vermeil et blef); 1164 blöe ( Chr. de Troyes, Erec et Enide, éd. W. Foerster, 1601 dans T.-L.); xii e- xiii es. bleu ( Lapidaire de Modène, éd. P. Pannier, Paris, 1889, vers 106). B.− Subst. 1. 1180-1200 « couleur bleue » ( Mort Aym. de Narb., 174 dans Gdf. Compl. : Tote la char li revertist en blef); 1577 « matière colorante » ( Privil. des .XXXII. bons mét. de Liège, II, 321, 35, ibid. : Bois de Provence, qu’on dist bois de bleu); d’où a) 1718 art culin. au bleu (Ac.); b) 1851 « vin rouge de mauvaise qualité », supra; c) 1928 « sorte de fromage » (Lar. 20 e ); 2. 1254 « tissu bleu » dans FEW t. 15 1, s.v. * blāo; d’où 1791 « conscrit » (d’apr. Brunot t. 9, p. 994); 3. 1863 « marque livide sur la peau, consécutive à un coup » ( Littré : Il lui fit des bleus en le pinçant fortement).

De l’a.b.frq. * blāo « id. » ( Brüch, pp. 32-33; Walt., p. 80; REW 3, n o1153; Bl.-W. 5; Dauzat 1968; FEW t. 15, 1, pp. 146-150; EWFS 2), à rapprocher de l’a.h.all. blāo, blāwēr, a. sax. blāo, a. nord. blār ( Kluge 20, s.v. blau) cité au vi es. sous la forme du b. lat. blavus par Isidore, Orig., 19, 28, 8 dans TLL s.v., 2052, 36. Les formes a. fr. blo(e), blou s’expliquent à partir de la forme primitive blāo, la forme bleu provient du type * bláwu par l’intermédiaire de * blę̄wu. Blef est une forme masc. refaite sur le fém. a.fr. blève (de * blę̄wa).